Du F-8E(fn) au F-8P


Le 6 Octobre 1964 marquait le début de l'aventure pour les Crusader "french navy", avec l'embarquement à Norfolk (sous cocon) des quatorze premiers sur le porte-avions Arromanches, les vingt-huit autres étant acheminé par le Foch le 19 Février 1965.
Seul le dernier Crusader, paradoxalement le n°1, fut conservé aux USA pour essais, et fut livré par le porte-avions USS Forrestal plus tard.
La France venait donc de s'équiper de 42 de ces chasseurs canon supersoniques, les Flottilles 12F et 14F reçurent respectivement 12 appareils chacun.
Le F-8E(fn) était armé soit de deux Matra R530 soit de deux R-550 Magic ou deux AIM-9B-FGW2 Sidewinder, la France ne retint pas l'option d'emport de 4 missiles.
Alors que les AIM-9 Sidewinder furent maintenu en service jusqu'au début des années 1980, une nouvelle version du R-550, le Magic II, fut mise en service pour remplacer les Magic I.
L'exception confirmant la règle, quelques F-8E(fn) affecté à la 14F furent dotés des rails doubles pour l'emport de quatre AIM-9 Sidewinder, mais ce concept fut abandonné par la France au début des années 1970, en raison des efforts structuraux subit par les F-8 avec ce type d'emport.
Les F-8E(fn) conservèrent également pendant quelques temps le détecteur infrarouge Hugues AN/AAS-15. Jugé peu efficace, cet équipement fut assez vite supprimé.
Le point d'emport sous voilure fut également conservé et, utilisé par la Marine Nationale pour l'emport de la cible remorquée DELMAR.

F-8 Crusader Le 20 Novembre, les deux premiers Crusader affectés à la 12F se posérent sur la B.A.N. de Lann-Bihoué, la Flottille ayant sa dotation compléte le 26 du même mois.
Dans le même temps, les formations des techniciens avait débutés au CEAN Rochefort, pendant que des pilotes de la VF-174 assuraient l'instructions des pilotes français sur simulateur.

Le 1er Mars 1965 la 14F reçu ses premiers Crusader et les qualifications à l'appontage eurent lieu du 29 Janvier au 17 Février 1966.
La 14F franchit le cap des 5000 heures de vol en Juin 1966 et celui des 10 000 heures en Août 1967.

Le premier ravitaillement en vol d'un F-8E(fn) avec un Etendard IVM, eut lieu durant l'exercice Alligator II, entre le 17 et le 25 Mai 1965.

Le premier embarquement de la 12F eu lieu en Avril 1967 sur le Clemenceau, tandis que la 14 F effectuait un "stage" d'une semaine à Landivisiau afin d'évaluer l'installation sur cette base.
Les Crusader de la 12F furent les premiers à partir vers leur nouvelle affectation le 30 Juillet 1968, suivie de peu par ceux de la 14 F qui arrivèrent le 8 Août, base qu'ils ne quitteront plus jusqu'à leur retrait, en Décembre 1999 après 35 ans de service.
La 14F conserva les "Crouze" jusqu'en 1978, année de sa transformation sur Super-Etendard, la 12F (la Douze) resta alors la seule Flottille à aligner des F-8E.

A la fin des années soixante-dix, les réacteurs J-57-P-20A français furent modifiés avec de nouveaux injecteurs de post-combustion et surtout un nouvel accroche-flamme.
Ce dernier élément qui avait pour fonction d'éviter le décrochage de la flamme autour des injecteurs en post-combustion, fut l'objet de plusieurs incidents de vol où il fut arraché soit en partie soit en totalité lors de l'enclenchement de la post-combustion.
A l'issue de cette modification, les J-57 des F-8E(fn) ne connurent plus ce type de problème qui aurait pu avoir des conséquences dramatiques.
Ce fut aussi à cette période, que le régulateur carburant fut modifié, conséquence des résultats d'enquêtes autour des crash des F-8E(fn) 22 et 38.
F-8 Crusader
Si les F-8 "frenchie" n'eurent pas à subir les déboires de leurs ainés, F-8A et F-8B US, avec des roulettes de nez trop fragiles, qui furent remplacées dès la version C, les appontages caractéristiques du Crusader avec le report de masse sur la roulette de nez mettait cette dernière à rude épreuve, et ils continuèrent à entrainer des ruptures fréquente du train avant.

Le 4 Décembre 1978 marqua une nouvelle étape dans l'histoire des Crusader français, avec le premier tir d'un missile air-air R-550 Magic.

En 1987, les F-8E(fn) reçurent une nouvelle peinture "low visibiliy" bleu-gris. Ce nouveau camouflage fut appliqué au Crusader à l'occasion de leur passage en "grande visite" ou V-4 aux AIA de Cuers.
Outre cette peinture, les marquages furent également revue, avec des inscriptions et des cocardes plus petites rendant la silhouette du Crusader plus discrète.
Les plaques en titane de protection thermique des gouvernes de profondeurs furent également remplacées par des bandes adhésives en teflon, tout aussi efficace pour protéger lors d'un tir missile, mais qui diminuaient grandement la réflectivité radar des Crusader.

En 1988, durant l'opération Prométhée, mais aussi à Landivisiau, les pilotes de F-8E testèrent l'emploi de lunettes à vision de nuit. Ce matériel n'étant pas conçu spécifiquement pour les casques Gueneau 316, les résultats furent mitigés, avec entre autre un système de fixation et un encombrement qui généraient des risques pour l'appontage ou lors d'une éjection.
Ce matériel fut employé de matière épisodique pour des missions de nuit et, il eut au moins l'avantage de poser les bases pour l'adaptation d'optiques à vision nocturne plus adaptées aux exigences des pilotes de l'aéronavale de chasse.

En 1989, le Matra R-530C fut retiré, privant le F-8 de missile à guidage radar.

Alors que les USA et les Philippines avaient laissés leur Crouze respectivement en 1987 et 1988, la France les maintint en service, les retards du programme Rafale, le refus de location de F-18, amenèrent la Marine Nationale à la modernisation du vieux chevalier.

F-8 Crusader Durant les dernières années de sa carrière, les F-8E(fn) furent régulièrement traités comme des parias, et cela bien avant le programme de modernisation.
On les cachait lors des démonstrations aux officiels et autres visites de gouvernants, comme si le fait d'être Américain, malgré ses 35 ans de bons et loyaux services, constituait une tare inexpiable.
Ce fut si vrai que le 25ème anniversaire de sa présence dans l'Aéronavale fut fêté en comité restreint à la 12F, même si le vice-amiral d'escadre Lefebvre reprenait le manche à cette occasion, après avoir été le premier à faire voler un Crusader sur notre territoire.
Le Télégramme de Brest écrivit à cette occasion, dans son édition du 22 Novembre 1989: "Par les temps qui courent, la Marine ne tient pas à faire des remous autour de ses vieux Crouze".

Lorsque le porte-avions Foch partit au Liban pour l'opération Capselle en 1989, le rendez-vous fixé avec l'US Navy et ses F-18 pour des essais en Méditerranée fut habilement évité.
Pourtant prévu de longue date, ces essais qui devaient permettre de tester les capacités des F-18 à bord des porte-avions furent purement remplacés par l'annonce de la modernisation des F-8E(fn).

Dans le même temps, la France racheta aux USA des cellules et des voilures de F-8J et, des plans ou des moules de fabrications de certaines pièces dont les stocks étaient devenus critiques, comme les ferrures de RAT ou les crocs de catapultages (keel), afin de maintenir le niveau de disponibilité opérationnelle des F-8E.
Cette décision de rachat, intervint surtout en raison de l'échec du projet de rachat des F-8H philippins pour pièces à cause de l'état de délabrement de ces F-8H.

A ce moment là, les Crusader revinrent dans les bonnes grâces, les F-8 avaient de nouveau du potentiel pour devenir des F-8P.


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