Les projets autour du F-8 Crusader


Comme cela a déjà été évoqué sur les autres pages de ce site, dès le début du programme OS-130, Vought Aviation travailla sur plusieurs projets basé sur celui qui allait devenir le F-8 Crusader. Attardons-nous un peu sur ce sujet.

Le programme qui donna naissance au Crusader fut désigné par Vought V-383. Mais dès le départ il comportait plusieurs variantes, qui resteront sans suite, tout comme plusieurs études au cours de la carrière du F-8 Crusader qui connaitront des succès plus ou moins mitigés, sans jamais dépasser le stade de la planche à dessin.

Le V-383:
Ce projet qui donnera naissance au Crusader fut conçu avec quelques différences et variantes, par rapport à la version finale qui fut validée par l'US Navy et le BuAuer.
Le V-383 fut bien entendu conçu avec l'aile à incidence variable, le réacteur J-57 et, ses lignes étaient celles qui allaient donner naissance au XF8U-1, au départ de ce programme plusieurs points différaient de la version finale validée par le BuAuer.
L'imposant aérofrein ventral du F-8 Crusader ne faisait pas partie des options initialement retenues par Vought, qui lui préférait deux aérofreins placés sur la section arrière, de part et d'autre de la dérive verticale.
La disposition aérodynamique d'un unique aérofrein ventral ne fut adopté que sur les phases finales du programme, lors de la présentation des "mock-up" à l'US Navy et au BuAuer en Septembre 1953.
L'armement était lui aussi proposé avec plusieurs options.
Pour son programme, Vought avait sélectionné le canon de 20 mm T-160 qui équipait le F-86 Sabre. Cette arme était une version améliorée du projet du canon allemand Mauser MG-213 de 20 ou 30 mm, qui aurait pu équiper les chasseurs de la Luftwaffe de la Seconde Guerre Mondiale.
Vought proposait trois dispositions de cet armement sur son V-383.
Trois canons placés autour de l'entrée d'air (un de chaque coté et un en dessous).
Trois canons placés aussi sous l'entrée d'air. Cette disposition fut celle du V-380 qui était la version qui donna naissance au V-383.
Quatre canons placés par paire de chaque coté du fuselage. Ce fut cette disposition qui sera finalement retenu pour le programme final du V-383. Avec cette disposition, le canon T-160 était abandonné, au profit du Colt Mk-12 de 20 mm.

Le V-382:
Le projet V-382 fut un projet développé sur les fonds propres de Vought Aircraft afin de proposer une version non-navale du V-383.
Avec ce programme, Vought visait clairement l'USAF.
On peut se demander si ce projet était vraiment pertinent, dans la mesure ou l'USAF disposait du North American F-100 Super Sabre qui venait à peine de débuter son entrée en service.
Ce projet resta bien entendu sans aucune suite, tant il était voué à l'échec dès le départ.

Le V-384:
Identique en tout point au V-383, cette étude s'en différenciait par la motorisation.
Le réacteur retenu etait le Wright J65. Etant resté à l'état de projet, il ne fut pas défini quel modèle de ce réacteur aurait été mis en place.
Il disposait de trois canons Ford T-160 disposés autour de l'entrée d'air (un de chaque coté et un en dessous).
L'armement en missile aurait été composé de quatre AIM-7 Sparrow sur quatre points d'emport sous voilure. L'appareil disposait également du pod pour trente-deux roquette FFAR.
L'imposant aérofrein ventral était remplacé par deux aérofreins situés de part et d'autre du fuselage au pied de la dérive de direction.
Comme pour le programme V-383, le radar retenu etait l'AN-APG-45 de General Electric alors en cours de développement.

Une variante du V-384 prevoyait de doter l'aéronef du réacteur General Electric J-79.

Si le V-383 donna bien naissance au F-8 Crusader, le V-384 resta sans suite. Quasiment identique au V-383 et étudié lui aussi pour l'US Navy, ce jumeau du futur F-8 Crusader resta un programme mort-née.

V-455:
Ce projet également désigné A3U-1 fut lancé par Chance-Vought pour fournir à l'US Navy une version d'attaque du F-8 Crusader.
Lancé le 21 Mars 1962, cette version était extrapolé d'un F-8A (V-381). Ce Crusader d'attaque au sol ne fut pas produit, mais les études qui furent faites menèrent directement au A-7 Corsair II.

V-474:
Ce projet qui ne reçu pas de désignation US était destiné à l'armée libanaise.
Le 30 Juin 1964, Chance Vought proposa cette version du F-8 Crusader au gouvernement libanais qui ne donna pas de suite à cette offre.

F-8F:
Cette version biplace élaboré à partir du TF-8A devait être destiné à la Royal-Navy. Contrairement à la version d'entrainement, le poste arrière n'aurait pas été surélevé et le fuselage aurait été rallongé afin de laisser la place pour les équipements.
Ce F-8 devait disposer d'un réacteur Rolls-Royce Spey et de la B.L.C. (Boundary Layer Control).
La Royal Navy sélectionna finalement le F-4 Phantom, ce qui mis un terme au projet de Chance-Vought et de son F-8F.
Le dossier complet sur le F-8F est détaillé ici


Les essais autour et avec le F-8 Crusader:

Ce projet que Chance-Vought nomma le F-8-SPF pour Super Performance Fighter, débuta le 5 Janvier 1957.
Ce programme élaboré en connection avec celui du F8U-3 visait à doter certains Crusader d'un moteur-fusée additionnel afin d'augmenter la vitesse ascensionnelle.
Deux F-8A furent retenus pour ce programme, les BuNo 141346 et 141353. Les deux appareils furent dotés d'un emplacement à la base de la dérive de direction pour recevoir un moteur d'appoint Rocketdyne XLF-40-RM-2 de 3 632 kgp.
Le péroxide d'hydrogène qui alimentait ce moteur-fusée aurait été stocké dans les réservoirs arrières du F-8 Crusader après une modification de son circuit carburant.
Un accident durant les tests d'un XLF-40, qui entraina la mort d'un ingénieur de Chance-Vought et en blessa sérieusement deux autres, stoppa pour un temps ce programme.
Le projet SPF repris avec un autre moteur-fusée, le modèle XLR-56 de 2 724 kpg.
F-8 Crusader Avec ce propulseur d'appoint, le F-8A obtenait une vitesse ascensionnelle de 9 000 m/min avec une vitesse de vol initiale de Mach 1,2 , ce qui aurait du permettre au Crusader d'atteindre une altitude maximum de 27 000 mètres.
En raison de l'instabilité et du risque explosif du péroxide d'hydrogène, le programme fut abandonné, l'US Navy ne souhaitant pas mettre en oeuvre ce type de carburant à bord de ses porte-avions.
Le 141346 fut testé par le VX-3 pour des essais de vol à haute vitesse en recevant des panneaux de fuselage modifiés qui obturaient les orifices des canons, afin d'améliorer au maximum l'aérodynamisme. A noter que ce fut également cet appareil qui effectua les essais pour la canne de ravitaillement en vol rétractable.

Comme tous les aéronefs de l'US Navy, le F-8 Crusader fut largement employé pour tester tous les équipements pouvant entrer en service au sein de cette arme.
Outre les diverses panoplies d'armements dont certaines restèrent simplement des ouvertures de domaine comme la capacité d'emport des bombes nucléaires Mk-28 avec les F-8E, il y eut des essais d'équipement comme le casque AOH-1.
F-8 Crusader Ce casque fut initialement développé pour l'US Navy qui souhaitait trouver un casque capable de protéger efficacement ses pilotes de chasse en cas d'éjection à haute vitesse.
L'AOH-1 disposait d'une partie frontale qui enveloppait complétement le visage du pilote, en intégrant le masque oxygène et la visière.
Des essais furent menés avec un F-8 du NATC, mais le casque AOH-1 fut finalement abandonné, son emploi se révélant trop complexe et sa mise en oeuvre trop longue, en particulier en cas de décollage sur alerte.
L'échec de développement de l'AOH-1 donnera naissance au casque de vol haute altitude et éjection à haute vitesse HGU-20/P, également testé pour les besoin de l'US Navy. Il sera de nouveau un echec, ce casque étant trop lourd implicant trop de risque en cas de manoeuvres sous fort facteur de charge.

F-8 Crusader Le NATC mena également des essais d'emport sous voilure, de réservoirs supplémentaires largables de 300 gal US (1135,6 litres), avec un F-8E. Mais ces tests restèrent sans suite.
Certaines sources évoquent le fait, qu'en cas de besoin de largage de ces réservoirs, ces derniers auraient percuté les dérives de profondeur.
Bien que cette hypothèse soit toute à fait possible, il est plus probable que l'abandon de cette configuration ait été du à la grande autonomie du F-8 Crusader avec son carburant interne, doublé du fait que la capacité d'emport maximale était quasiment atteinte avec ces réservoirs supplémentaires, restreignant de fait ses capacités de combat.
Enfin, dernier point qui tend à conforter cette hypothèse de non emploi des réservoirs supplémentaires, la consomation d'huile du réacteur J-57 et plus particulièrement de ses paliers compresseurs et turbines. Pratt & Withney preconisait une limitation à 5 heures de fonctionnement pour un vol intégrant une phase de vol avec post-combustion.
Le seul réel atout d'un tel emport aurait été pour des vols de convoyage, en sachant que dans ce cas, le Crusader aurait été limité au domaine de vol subsonique.

Le F8E BuNo 149159 mena une campagne de test pour l'emport et le tir du missile anti-radar AGM-45 SHRIKE, le 4 Janvier 1963.
Comme d'autres armements testés, ce missile ne fut pas employés de manière opérationelle.

F-8 Crusader Le VFP-62 effectua des essais avec le RF-8G BuNo 145622, un Block II, pour l'emport d'un pod de contre-mesures électroniques AN/ALQ-31.
Bien que ces essais se révélèrent concluants, ils ne furent pas suivis par une mise en service opérationnelle.
L'US Navy préféra l'emploi d'appareil de guerre électronique comme les EA-6A Intruder ou les EA-3B Skywarrior, et la mise en place de système de brouillage embarqué, au sommet de la dérive pour le F-8 Crusader... Près de trente ans avant le SHERLOCK des F-8P français.

La NASA fut sans aucun doute l'institution qui poussa le plus loin les essais avec le F-8 Crusader.
L'un se fit au profit du développement de l'aile supercritique qui allait révolutionner le transport aérien, qui est développé dans le détail ici.
L'autre projet fut pour la recherche sur les commandes de vol électriques, qui est développé dans le détail ici.
Une étude fut faite par la NASA pour équiper le F-8 Crusader d'une aile oblique, mais ce programme autour du F-8 fut abandonné au profit d'un prototype plus adapté à ce type de recherche aérodynamique.


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