Les RF-8 "Recce" au Vietnam


F-8 Crusader Comme dans tout les conflits depuis que l'aviation existe, la reconnaissance aérienne au Vietnam se révéla un outil indispensable.
Ces missions s'effectuaient sur trois niveaux de vol, basse, moyenne et haute altitude.
L'US Navy disposait dans son arsenal de deux appareils dédiés à ces missions:
Le RA-5C Vigilante qui opérait uniquement depuis les super-carrier (Les classes Forrestal, Kitty-Hawk, Enterprise et Nimitz). Les RA-5C étaient également assignés, en général, aux missions à moyenne altitude.
Le RF-8A Crusader opérait depuis les "petit" porte-avions de l'US Navy, ces derniers ne pouvant pas mettre en oeuvre les imposants Vigilante. Comme les RF-8 étaient affectés aux missions de reconnaissance à basse altitude, il y eu également des détachements sur les super-carrier de l'US Navy.

La reconnaissance haute altitude resta l'apanache de l'USAF/CIA avec entre-autres les U-2 Dragon Lady et les RB-52B.

Dès Décembre 1960, les USA envoyèrent des RF-8 en mission au-dessus du Sud-Est asiatique.
D'abord envoyé seul, ses appareils non-armés furent vite la proie des défenses aériennes Vietcong, ce fut d'ailleurs dans ce type de mission à basse altitude (1 200 m) que le RF-8A du Lt Klunsman de la VFP-63 fut abattu le 6 Juin 1964.
A l'issue de cette première perte, Klunsman fut fait prisonnier mais réussira à s'évader, l'US Navy prit deux décisions:
-Les RF-8 disposèrent d'une escorte armée, les PHOTO-ESCORT qui étaient généralement composés de quatre F-8 Crusader.
-Le plancher de vol fut remonté à 3 000 mètres d'altitude.

Si la première mesure se révéla efficace, car elle dispersait les capacités de la DCA adverse, la seconde se révéla inadaptée voire plus dangereuse.
En effet, à cette altitude, les optiques des caméras des RF-8 se révélèrent moins fiables, de plus les RA-5C évoluaient déjà à ce niveau de vol ce qui faisait un doublon dans l'utilisation des moyens aériens.
Mais le principal défaut était l'exposition à la DCA, à cette altitude, les RF-8 volaient aux environs de Mach 1,5, si cela leur permettait de s'affranchir assez facilement des terribles canons anti-aériens de 37 mm, ils devenaient une cible de choix pour les missiles SAM.
Les RA-5C Vigilante, en effectuant des survols à Mach 2+ réussissaient à déjouer plus facilement ces défenses, de plus ils disposaient de brouilleurs ECM embarqués.

RF-8 Crusader Les RF-8 furent donc renvoyés en mission à basse altitude, mais désormais sous escorte armée.
Ces vols s'effectuaient à des vitesses variant de Mach 0,98 à Mach 1 en fonction des conditions atmosphériques.

Les RF-8 effectuèrent également des missions de reconnaissance conjointe avec des RA-3B Skywarrior au-dessus du Laos.
Ces missions menées entre Juin et Juillet 1964 depuis l'USS Constellation, disposaient aussi d'une escorte armée et se décomposaient ainsi:
-1x RF-8A Crusader
-1x RA-3B Skywarrior
-2x F-8 Crusader

RF-8 Crusader Durant les premiers temps du conflit vietnamien, les RF-8 effectuèrent des missions nocturnes.
Les caméras à vision de nuit n'existant pas à l'époque, pour ces missions les RF-8 pouvaient être équipés de fusées éclairantes, de type M-123A-1 d'une puissance de 260 millions de chandelles. Ces fusées étaient emportées dans l'emplacement situé derrière la verrière et qui, sur les versions de chasse, recevait les "ammo-box" contenant les munitions des canons.

Les missions de reconnaissance de nuit au Vietnam s'arrêtèrent en 1965. Avec une vitesse limitée à 740 km/h et l'obligation de faire un passage en vol rectiligne, les RF-8A devenaient des proies faciles pour la DCA Viet-Cong.

Lors d'une de ces dernières missions au-dessus de la ville de Vinh, Un RF-8 parti de l'USS Midway se fit dangereusement encadrer par la DCA, alors qu'il venait de larguer la dixième de ses quarante cartouches nécessaires à sa mission. Preuve si il le fallait encore, du danger que présentait ces missions de nuit avec l'emploi de ces cartouches éclairantes qui signalaient un peu trop la trajectoire du RF-8.

Avec l'amélioration des capacités de la DCA vietminh, ces missions nocturnes furent rapidement confiées au RA-5C Vigilante qui avec son radar SLAR et de ses caméras infrarouges était nettement mieux adapté à ces missions.
Les RF-8 furent alors employés pour des missions de reconnaissance diurnes jusqu'à la fin du conflit.

Afin de contrer la déficience en capacité de brouillage électronique embarqué, les RF-8 embarquaient régulièrement des systèmes de contre-mesures ALQ-51 ou ALQ-100 qui prenaient place dans le logement prévu pour les fusées éclairantes.
Avec l'arrivée au Vietnam des premiers RF-8G, les Crusader furent mieux dotés avec des défenses électroniques intégrées dans la dérive de direction.
Bien que des essais avec des pods de brouillage AN/ALQ-31 et des missiles AIM-9D Sidewinder en emport sous voilure aient été effectués, les RF-8 ne les ont pas utilisés au Vietnam.

L'US Navy disposait de deux squadrons opérationnels de RF-8 (les autres étants des unités de reserve ou de support), le VFP-62 et le VFP-63.
Le premier étant affecté à la cote Est et l'Atlantique, se fut le VFP-63 qui assura la plupart des missions au Vietnam, en envoyant des détachements sur chaque porte-avions présent à Yankee-Station.
Le VFP-62 participa également au conflit en tant que squadron de renfort.

Une des configuration standard pour les missions de reconnaissances diurnes au-dessus du Vietnam était la suivante:
Station 1: 1x caméra KA-45
Station 2: 1x caméra panoramique KA-66
Station 3: 1x caméra KA-53
Station 4: 1x caméra panoramique KA-68 ou parfois une KA-51

Les caméras KA-66 et 68 à optiques à très grand angle de vue furent les plus adaptées lors de la guerre du Vietnam où l'essentiel des missions concernait des passages à la verticale d'objectifs ou des survols d'axes de ravitaillements.

Sur l'ensemble du conflit, le VFP-63 perdit vingt RF-8, sept pilotes furent tués, cinq furent fait prisonniers et huit purent être secouru.
Avec vingt appareils abattus, le VFP-63 réprésenta 25% des pertes de Crusader au Vietnam avec un ratio d'un appareil perdu toutes les trois missions.
Au total, pour les VFP-62, 63 & VMCJ-1, il y eu trente RF-8 abattus, douze pilotes tués et six prisonniers.
Ces chiffres montrent bien la dangerosité et l'exposition des RF-8, ainsi que la terrible efficacité de la DCA Vietminh durant ce conflit.

Le Marines-Corps déploya également des RF-8 au Vietnam avec des détachements issue du squadron VMCJ-1.
Ces appareils opérèrent depuis la base de Da-Nang au Sud-Vietnam à partir d'Avril 1965.
Les RF-8 du VMCJ-1 basés à Da-Nang furent remplacés par des RF-4B Phantom II en 1967.

Pour la petite histoire, lors de leurs missions au Vietnam, à chaque fois qu'un RF-8 partait, un chasseur lui était affecté en binôme (idépendamment des groupes "photo-escort").
Au début du conflit du Sud-Est asiatique, ce chasseur était un F-8 Crusader, mais avec l'arrivée du F-4 Phantom II et le retrait progressif des Crusader, les RF-8 se retrouvèrent associé avec le F-4.
Cette association ne fut pas accueilli avec la plus grande joie par les pilotes "recce" de Crusader, pour plusieurs raisons:

RF-8 Crusader - Le F-4 Phantom II étant un chasseur "tout missile", avec une capacité BVR (Beyond-Visual-Range) grâce à ses missiles AIM-7 Sparrow, les équipages de F-4 utilisaient donc constamment leur radar AN/APG-59. Si ce radar permettait au F-4 de détecter un éventuel MiG en approche, il donnait surtout l'occasion aux défenses sol-air Vietcong de se mettre en alerte et, de suivre pas à pas la route d'un F-4. Les canons ZSU-23 n'ayant plus qu'à attendre patiemment le passage du groupe aérien.
- Si le F-4 avait sur le papier une vitesse de pointe plus élevée que le F-8, il accélérait moins vite, surtout face aux RF-8A et G, mais surtout, il n'était pas en mesure de voler en supersonique durant une grande partie de la mission, ses réacteurs J-79 étant particulièrement "gourmands" en kérosène, au point que le F-4 Phantom II ne pouvait se passer de l'emport de réservoirs supplémentaires pour ses missions au-dessus du Vietnam, ce qui altérait d'autant ses perfermances.
- Dernier défaut du Phantom II, pour les pilotes de RF-8 Crusader, la fumée constamment dégagée par les réacteurs J-79, et cela quelque soit le régime des réacteurs. Visible à plusieurs nautiques, cette trace noire laissée dans le ciel fut rapidement exploitée par les vietcongs pour cibler les F-4 Phantom II.

Pour toutes ces raisons, les pilotes de RF-8 Crusader préférèrent bien souvent distancer leur F-4 "ange gardien", à l'approche de l'objectif, pour effectuer leurs passes de reconnaissances photos en solo.
Volant plus vite, dépourvu de radar et, ayant une signature radar plus discrète que les F-4, les pilotes de RF-8 se sentaient ainsi un peu plus en sécurité. A noter que ce comportement et cette analyse se retrouva aussi chez les équipages de RA-5C Vigilante, qui disposèrent de la même protection.


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