Richard "Dick" Schaffert, USN




Service actif :
Guerre : Guerre du Vietnam
Missions de combat: 276
Victoires aériennes homologuées : aucune
Appartenance : VF-111 "Sundowners", USS Oriskany
Avions : F-8C Crusader
Grade le plus élevé : Commander
Médailles: 35, dont 3 Distinguished Flying Cross


Fin 1967, le porte-avions USS Oriskany faisait partie de l'Opération "Iron Hand" et avait pour mission de miner le delta de la Rivière Rouge, vers Thai Binh, située à 40 milles au sud de Hanoï, au Vietnam.

Le lieutenant.Cdr Rick Schaffert escortait en ce matin du 14 décembre 1967 un A-4 Skyhawk solitaire en direction de Thai Binh. Schaffert était aux commandes d'un F-8C Crusader et n'avait pas d'ailiers ce jour-là. Et, à peine 10 minutes après avoir franchi la frontière nord-vietnamienne, Schaffert entendit annoncer sur sa fréquence : "Quatre bandits en l'air cap au sud."
Schaffert pensait alors que les Mig allaient prendre à partie la formation d'attaque principale, qui se trouvait à 15 miles nautiques de leur position. Mais il allait bientôt se raviser, car on lui annonçait à la radio que la distance des Mig continuait de décroître...
Schaffert entendit "Bandits à 20 milles... 10 milles... 5 milles... 3 milles...". Alors, une pensée traversa son esprit : "Ces quatre sont là pour moi."
D'un naturel bagarreur, Schaffert ne chercha nullement à fuir.
Il fallait protéger le Skyhawk coûte que coûte.
Il augmenta alors les gaz et se dirigea en direction des Mig qui arrivaient. Schaffert retourna son F-8 Crusader et vola la tête en bas pour voir une première paire de Mig-17 Fresco le croiser à vitesse subsonique. Sachant qu'une seconde paire de Mig était dans les parages, Schaffert tira quand même le manche vers lui et encaissa le G positif, pour engager cette première paire. Car il lui fallait supprimer cette menace immédiate au plus vite. Agile et maniable, le Crusader se retrouva bientôt dans les sept heures des Fresco, qui continuaient toujours leur virage sur la gauche. Schaffert effectua un tonneau barriqué à l'extérieur du rayon de virage des Fresco, afin de rester derrière eux et un peu en dessous. Position idéale pour ses trois AIM-9 Sidewinder (le quatrième fut démonté à cause de défaillance, juste avant le catapultage).
Tout à coup, le Mig leader vira sèchement à gauche et entama une spirale descendante. Schaffert le prit en chasse instantanément. Coiffant légèrement le Fresco, Schaffert arma le premier Sidewinder et fit feu. Et le vit passer à droite du Mig...
Puis le Mig s'inclina sur son aile gauche et piqua, Schaffert toujours à ses trousses. Alors arriva la deuxième paire de Mig. Ce que craignait Schaffert. Encore deux Mig-17 Fresco. Ils se présentèrent dans les neuf heures de Schaffert et firent cracher leurs canons. Schaffert vit les rafales passer à gauche de son cockpit et, en se retournant, il aperçut les flancs des deux Fresco qui le surplombaient dans ses sept heures. Il sut qu'ils étaient en bonne position pour le descendre. Il poussa le manche en avant et encaissa le G négatif pour passer sous les rafales de ses poursuivants, suivi d'un virage serré à 8 G. La manoeuvre fut tellement violente qu'il dut hurler pour en diminuer les effets du voile. Et pour encore corser la chose, Schaffert était sanglé de manière lache à son siège ce jour-là, à cause d'une blessure à son cou...

Pendant ce temps, le Skyhawk avait réussi à prendre la fuite, laissant le Crusader tout seul, dans ce combat qui allait durer pas moins de dix minutes... Une éternité à l'échelle du combat aérien sur jets...

Après son piqué brutal à G négatif, Schaffert ramena son manche, poussa les gaz à fond et monta pratiquement en chandelle. Le réacteur J-57 propulsa le Crusader tel une fusée, tandis que son cocher à moitié fou continuait de hurler durant la manoeuvre. A présent, Schaffert avait son masque à oxygène arraché de son visage. Il ne pouvait plus appeler ni de l'aide ni personne, et personne ne pouvait l'appeler non plus...
Puis Schaffert se rétablit à 25.000 pieds, retourna son Crusader et termina son looping la tête en bas, afin de localiser les deux paires de Mig. Il repéra la première paire à sa droite, qui était dans un virage descendant pour reprendre de la vitesse. La deuxième paire qui se trouvait à sa gauche était en virage montant pour essayer de le rejoindre.
Réagissant d'instinct, Schaffert piqua sur la première paire tandis que les rafales de la deuxième paire montaient droit vers lui.
Schaffert hurla de plus belle et ramena son manche à fond pour essayer de se rétablir derrière les deux Mig. Il lutta de toutes ses forces contre le voile noir qui arrivait. Son casque manquait de s'arracher tout comme le masque à oxygène. Effectuant un autre tonneau barriqué ascendant, il parvint à rester derrière les deux Fresco. Schaffert passa au-dessus d'eux pour ensuite terminer sa boucle dans les six heures bas, tout en conservant son énergie.
Schaffert entendit le hululement strident du Sidewinder, il arma et fit feu. Mais il n'eut pas le temps de voir si son missile touchait au but, car des rafales fusaient à nouveau sur sa gauche, tout près de sa verrière. Encore une fois, la seconde paire de Fresco le coiffait dans ses huit heures... Et le lieutenant Schaffert effectua ce jour-là une manoeuvre inédite, car jamais encore expérimentée par toute l'aéronavale américaine... En fait, aucun pilote n'était assez fou pour faire ça, à part Rick Schaffert.
Schaffert joua des palonniers tout en poussant sur le manche. Son Crusader fit une glissade. Il avait tout simplement disparu de la ligne de tir des deux Mig. Arrivant trop vite, les deux Fresco furent incapables de décélérer suffisamment et durent "overshooter". Schaffert entama un roulis, suivi d'un nouveau tonneau et piqua en direction du sol, suivi par les deux Mig.
Schaffert ramena le manche vers lui et remonta à la verticale, la manette des gaz à fond. En scrutant ses rétroviseurs, il vit les deux Fresco qui tentaient de le suivre dans son ascension. Mais très vite, ils perdirent de la vitesse, s'immobilisèrent un moment avant de repiquer vers le sol. Leurs moteurs avaient tout simplement calé.
A 25.000 pieds, Schaffert boucla son looping et se rétablit, s'attendant à voir les Fresco rappliquer d'un moment à l'autre. Attiré par deux reflets métalliques dans ses deux heures, Schaffert crut tout d'abord à l'arrivée d'avions américains, mais il se trompa lourdement... C'était une nouvelle paire de Mig. Des Fishbed de couleur métallisée. Ce qui en faisait six bandits, rien que pour lui...
Croisant à grande vitesse, les Fishbed tirèrent simultanément leurs quatre missiles Atoll devant le Crusader. Heureusement pour Schaffert, aucun missile ne parvint à l'accrocher. Et, aussitôt leurs missiles tirés, les Fishbed quittèrent le champ de bataille.
Schaffert chercha les Fresco des yeux et repéra la première paire à 10.000 pieds en dessous de lui, dans ses neuf heures. Schaffert passa sur le dos et piqua sur les Mig. Pour lui, la bagarre n'était pas finie...
Schaffert entama toute une série de yo-yo ascendants autour des deux Fresco, alors qu'ils venaient d'entamer un virage sur la gauche. Cette manoeuvre lui permettait de rester en arrière des deux fuyards, tout en ayant une excellente fenêtre de tir. Et sa tactique paya. Au bout du troisième tonneau, Schaffert se retrouva effectivement derrière l'un des deux Mig. L'angle de tir était excellent. Schaffert arma son dernier Sidewinder et fit feu sur l'ailier. Puis, sans même voir si son missile avait touché la cible, Schaffert effectua un nouveau tonneau, passa sur canon et prit en chasse le Mig leader. Ce dernier partit en virage serré à gauche, talonné par un Schaffert enragé. Une fois arrivé à bonne portée de tir, Schaffert actionna ses canons, qui tirèrent une demi seconde et se turent. Enrayés.
Ses manoeuvres brutales les avaient enrayés tous les quatre. Schaffert était à présent sans arme. Mais il ne s'avoua pas vaincu et continua donc à courser le Mig leader.
Dans sa tête, Schaffert se disait à ce moment-là : "Même si je ne peux pas t'abattre, je vais quand même te foutre une sacrée frousse..."

A ce moment-là, il n'y avait plus aucun Mig dans les environs, Schaffert supposa qu'ils devaient être à court de carburant ou d'armes, et avaient dû se désengager. Seul restait le leader.

F-8E Crusader Il se mit alors à talonner le leader dans toutes ses manoeuvres, le collant constamment dans ses six heures. Lors d'un virage, le Crusader repassa finalement devant le Mig qui lâcha une rafale. Poussant à nouveau les gaz à fond, Schaffert remonta en chandelle pour la énième fois, suivi cette fois par le Mig leader. Puis Schaffert passa sur le dos et repiqua vers le sol, le Mig leader le croisant pendant sa descente. Les deux appareils s'étaient engagés dans une manoeuvre appelée "Ciseaux verticaux"... Manoeuvre qui consistait à se glisser derrière son adversaire pour le descendre au sommet ou à la fin d'une boucle.
Une fois qu'il eût retrouvé suffisamment d'énergie, Schaffert remonta en chandelle, et vit que le leader le suivait aussi dans sa manoeuvre. Le Vietnamien voulait sa peau...
Les deux appareils volaient à présent verrière contre verrière, et les deux hommes s'observaient en levant la tête. Mais au bout de la sixième boucle, Schaffert sut que le Mig leader serait parfaitement bien placé pour le descendre à la prochaine. Au moment où il terminait sa boucle et replongeait vers le sol, Schaffert poussa donc les gaz et quitta le champ de bataille en rasant la cime des arbres.
Le Mig leader venait de boucler son virage et, au lieu de se lancer derrière Schaffert, virait dans la direction opposée. Lui aussi mettait fin au combat...

Un combat qui avait duré plus de dix minutes, mais qui n'avait ironiquement fait aucune victime. A part le fait qu'il eût bien secoué les quatre pilotes nord-vietnamiens, Schaffert avait épuisé ses Sidewinder sans rien toucher. Mais il avait décroché une victoire tout aussi méritée ce jour-là : il était en vie.

A son retour au porte-avions, Schaffert avait tellement peu de kérosène dans ses jauges qu'il ne pouvait même pas refaire un second passage s'il ratait sa première approche. Finalement, il se posa sans aucun problème. Schaffert avait poussé son F-8C Crusader jusqu'à la limite de sa résistance structurelle. Lui-même transpirait à grosses gouttes, après tout l'effort qu'il avait dû fournir pour maîtriser ce combat sans victoires de bout en bout.
Quant aux quatre pilotes nord-vietnamiens, ils n'étaient sans doute pas mécontents d'être sortis indemnes de cette aventure... et de se dire qu'ils venaient d'affronter le pire des fous de l'US Navy.
Parce que Rick Schaffert était un chien fou. C'était d'ailleurs la raison de son choix du F-8 Crusader à la place du F-4 Phantom II...

Aujourd'hui, la mission de Schaffert du 14 décembre 1967 est toujours décortiquée à l'école "Top Gun". Toutes ses manoeuvres sont étudiées "à la loupe" par les pilotes et les instructeurs. Car, sans le savoir, Rick Schaffert est entré ce jour-là dans la légende des plus grands pilotes de chasse... par la grande porte. Sa mission - et ses manoeuvres - sont toujours considérées comme parfaites.


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